C’est marquée par l’histoire récente de l’Ukraine que Natalia Satsyk à répondu à l’invitation de peindre la chapelle du Point-Cœur de Vienne pour les 25 ans de Points-Coeur.

En Images :

Pour contempler :

Marie semble absorber toute la douleur. Le Christ est là, devant elle, sa présence rayonnante domine le tableau. Il semble émaner du blanc, de la gloire. Quelque chose rayonne déjà de la victoire. Mais Marie est absorbée dans l’intériorité de sa présence dans l’intériorité de la couleur du sang. Dans le silence de la couleur de l’amour.

Jean, est tendu vers le Christ. Il ne demande même plus pourquoi. La douleur est trop grande. Il préférerait de beaucoup être à la place de l’Ami, mais il doit se contenter d’être le témoin de son agonie. Cela lui est insupportable. Pourtant, il ne devra pas connaître cette forme de martyre, il devra vivre, porter l’Eglise dans cette mission d’attente, de pénitence silencieuse, de contemplation amoureuse. Il devra boire ce calice, promis par le Christ, mais d’une toute autre manière que ses frères. C’est le lent martyre de l’amour.

Marie est entourée d’un groupe de femmes. Elles lui sont unies dans la couleur. Elle est l’Eglise, la part féminine de l’Eglise, la figure devancière, le premier oui, l’impulsion passive et aimante de l’Histoire commençante. Cette inauguration débute dans les douleurs qui accompagneront la naissance de chaque âme. Elle est là, immobile, presque immuable, mère et sage-femme.

Jean est seul, mais rien de ce qu’il vit ne se réalise sans Marie, c’est une solitude qui naît de la communion. C’est une communion qui mène à la solitude. A la solitude et au silence du cœur à cœur. Tout se réalise désormais dans le sein de Marie qui le dispose à entrer dans cette relation nouvelle avec le Christ. Jean est seul. Il est le sacerdoce. La solitude devant le Seigneur. Il est engendré par le regard du Père qu’il reçoit dans le regard du Christ. Il est devant le Christ comme le Fils est devant le Père. Il doit s’offrir lui-même et ce faisant, il offre le péché de tous. Le Christ semble vouloir descendre de la Croix pour le soutenir, comme pour conférer à sa mission la lumière éternelle d’un amour consommé, pour le placer, lui, Jean, sur la Croix glorifiée, par une identification d’amour accomplie dans l’intériorité de la présence.

Dans l’intériorité de son silence, Marie préside à la naissance des âmes, à celle des prêtres. Elle porte les douleurs de son fils. Elle ne voit que l’amour, mais elle voit aussi le prix du salut, et le péché de chacun s’accroître à mesure que le sang de son fils emplit le calice de son âme. Elle porte les trahisons, les reniements, les infidélités, elle porte surtout celles des intimes du Seigneur. Elle porte, dans la solitude infinie de son cœur de mère. Debout. Et la gloire du Christ donne à cette douleur une victorieuse éternité.

Jean est seul à l’autel du Golgotha. Il n’a pas à regarder le peuple des pécheurs. Il n’a pas à les interpeler ou à les enseigner. Jean-Baptiste lui avait indiqué le Christ, dorénavant, sa seule présence permet à ceux qui le regardent d’être mis en contact avec la Croix rédemptrice. Il lui suffit d’être devant le Seigneur, dans le oui de Marie. Il peut alors célébrer cette messe de l’amitié transfigurée. De l’amitié qui est allée jusqu’au bout. Il peut tenir debout dans le oui de Marie.

Jean est seul, mais Marie est là. En retrait. Son amour est si semblable à l’Esprit Saint qu’elle embrasse toute chose dans une discrétion totale. Elle est si unie à son Fils que rien ne la sépare plus d’aucun détail de l’univers. Son Fils est en tout. Il porte tout. Elle devient l’attentive veilleuse des moindres choses. Rien ne lui est plus étranger, rien ne lui est plus absent. Jean est seul. Marie est là. Le Christ les sépare… les unit.

Jean est porté par Marie. Marie est portée par son Fils. Le Fils est porté par la Croix.

Le Père est là.

Denis Cardinaux