Cela m’impressionne de voir que les enfants qui sont les plus petits et les plus fragiles ont un rôle fondamental dans la grande aventure de la vie. Ils ont toujours été là pour me pousser à me dépasser et à vivre la mission pleinement.

Un peu avant Pâques, une petite fille et un garçon sont venus toquer à la maison un jour où j’étais un peu démotivée, et mes sœurs de communauté étaient toutes malades. La petite fille me dit : « Tu peux venir prier à la maison ? Notre grand-mère n’est pas bien, on ne comprend pas trop, ils pleurent tous à la maison. » Je les ai donc suivis, j’arrive dans le salon et je découvre la grand-mère suffocante sur son fauteuil avec toute sa famille en larmes autour d’elle. J’avoue avoir été impressionnée par la scène. Nous avons donc commencé à prier le chapelet pour elle. Ils étaient tous à l’affût du moindre geste qui traduirait ce qu’elle ressent, et récitaient les « Je vous salue Marie » entre chaque larme. A la fin du chapelet, l’atmosphère était beaucoup moins lourde, les filles accompagnaient la grand-mère aux toilettes pendant que les petits enfants se racontaient des blagues. Je sentais bien qu’en confiant la santé et l’âme de cette dame à Dieu, leurs craintes se sont apaisées. J’ai commencé à parler avec l’une des filles qui m’a avoué : « J’ai toujours vécu avec ma maman, je sais que c’est la fin, elle est très diminuée… mais je vais avoir du mal à la laisser partir. » Il n’y avait pas de révolte mais beaucoup d’amour et de douceur dans sa manière de s’exprimer. Puis l’oncle m’a dit que lorsqu’ils ont appris l’état de santé de la grand-mère, ils ont décidé de se réunir frères, sœurs, tantes, oncles, cousins afin de prier avec elle. Ça m’a énormément touchée de voir que cette famille très unie, me laisse entrer dans leur douleur. Saurais-je moi aussi, demander de l’aide dans les moments difficiles ?

Depuis quatre mois Jean-Baptiste, un jeune français qui étudie à Lima, vient chaque vendredi après-midi pour vivre un petit peu notre mission. L’autre jour, je lui parlais de cette famille. Puis un peu perplexe, il me demande : « Mais comment vous faites psychologiquement devant tous ces malheurs ? Comment faites-vous pour ne pas perdre espoir ? » Je me souviens que lorsque ma famille est venue me rendre visite en février, mon père avait été surpris de voir qu’avec ma communauté nous gardions le sourire. Il est vrai qu’il y a beaucoup de situations difficiles ici, beaucoup de souffrance. Et nous ne pourrons jamais porter tout ça avec nos propres forces, alors nous offrons tout à Dieu. C’est pour cela nous adorons le Saint Sacrement et que nous allons à la messe chaque jour. La vie de prière nous aide à voir les petits signes d’espérance qui sont présents dans la vie de mes amis péruviens.

Hombeline — Pérou