Rosa a deux garçons, Antonio, quatorze ans et Giuseppe douze ans. Elle travaille toute la journée chez elle à la fabrication de chaussures, pour un salaire infime. Nous la croisons souvent car elle habite place de la mairie, pas très loin de chez nous. Chaque fois que nous l’apercevons ou que nous la visitons, elle est seule ou avec ses fils. Son mari n’est pas souvent à la maison et cherche du travail un peu partout en Italie. Cette famille connaît Points-Cœur depuis des années. Les garçons ont grandi auprès des jeunes, des prêtres et des consacrés de l’association. Aussi, c’est une véritable confiance qui s’est instaurée au fil des ans. Antonio et Giuseppe font partie de l’équipe de football de la paroisse.

La première fois que j’ai rencontré Rosa, elle était dans tous ses états car elle avait un rendez-vous à l’école pour Giuseppe qui y fait n’importe quoi, répond aux professeurs en napolitain quand il va en cours. Quand je lui ai dit que j’avais étudié la musique, elle a tout de suite pensé à lui : « Il adore la musique, il passe son temps à faire des percussions avec ce qu’il trouve ». J’ai donc proposé à Giuseppe de lui donner quelques cours s’il le souhaitait. Il m’a alors demandé si je pouvais lui apprendre le piano. La première fois que nous sommes passés le prendre pour la leçon, nous avions un peu de retard. Rosa nous a dit qu’il était un peu inquiet mais il a dit : « A Points-Cœur, ils n’oublient jamais ! ».

Il a soif d’apprendre la musique. Il est très à l’écoute et ne veut pas sauter les étapes. Si quelques leçons de solfège sont nécessaires, il s’exécute avec plaisir. Et quand il joue les quelques notes qu’il a apprises, il y met toute sa personne et recommence jusqu’à ce qu’il y arrive sans se tromper. Je suis admirative de sa persévérance, de son envie, de son amour pour la musique. Sachant que les semaines suivantes, nous visitions l’hôpital psychiatrique à cette heure-là, nous lui avions proposé de faire la visite ensemble et de poursuivre ensuite par le cours de piano. Il a accepté immédiatement la proposition. Avant la visite à Cardito, il était un peu inquiet, mais rapidement, avec les personnes accueillies, il s’est mis à l’écoute, a salué chacun, a parlé et ri avec quelques uns. Chaque semaine désormais, il nous accompagne. Nous prions le chapelet sur le chemin, nous discutons. Je vois un garçon apaisé, à l’écoute des plus souffrants. C’est aussi un moment où il prend soin de quelqu’un, où il sort de son quartier, de l’image qu’on a de lui. Il semble grandir un peu plus chaque semaine.

Mathilde — Italie