Père Pieter est un ami incontournable de Vieux-Moulin. D’origine flamande, il a été ordonné comme Père Blanc en 1949 puis envoyé au Rwanda, où il a vécu pendant dix-huit ans. Depuis xxxx, il habite le presbytère de notre village dont il a été le curé pendant de nombreuses années. Il suffit d’entrer à l’intérieur de sa maison pour y découvrir les murs entièrement couverts de portraits de famille, de photos de ses amis de tous horizons et de souvenirs d’Afrique accrochés pêle-mêle çà et là. Ils sont comme autant de témoins de sa vie de missionnaire. J’ai connu le père Pieter déjà pendant mon stage de formation avant l’Argentine, il y a neuf ans. Il était venu dire la messe puis déjeuner avec nous. Et lorsqu’on l’interrogeait sur Points-Cœur, il répondait invariablement : « Points-Cœur, c’est le cœur ! » puis ajoutait : « C’est formidable ! ».

La santé de Père Pieter décline depuis plusieurs années déjà. Johanna, une de ses amies, infirmière suisse allemande, qu’il avait rencontrée au Rwanda quelques années auparavant, a été appelée auprès de lui pour l’aider dans son quotidien et lui permettre de rester chez lui. Il a perdu peu à peu la mémoire, sa présence s’est faite plus silencieuse. Se déplacer est devenu presque impossible et depuis le mois d’octobre, il ne sort plus de chez lui que pour allez chez le médecin, ou parfois pour une balade en fauteuil roulant lorsque le soleil pointe son nez. Johanna, elle, reste fidèle. Elle m’éduque par son dévouement inconditionnel, par son effacement et son attention jusque dans les moindres détails. Nous leur portons la communion chaque jour et chaque fois tout est prêt, le cierge brûle, posé à côté du crucifix sur la petite nappe blanche. Père Pieter semble nous attendre, tout bien habillé et peigné et si parfois on se demande ce qu’il comprend encore de la réalité qui l’entoure, au moment de la communion, il est bien là avec nous et suis chaque parole et chaque geste avec attention. L’autre jour, il a même montré l’hostie consacrée en disant : « Heureusement ! » Ses mots se font rares mais vont à l’essentiel. C’est sûrement cette présence qui attire tant de gens au presbytère. Je pense notamment à Emilie, une jeune fille de douze ans qui habite le village et qui nous accompagne souvent lors de nos visites. Elle qui est un peu râleuse et passe une bonne partie de son temps à se disputer avec sa petite sœur s’y est révélée d’une grande tendresse. Il faut la voir caresser délicatement la main de Père Pieter tout en s’asseyant sur la chaise à côté de lui. J’ai comme l’impression de découvrir à ce moment-là, la « vraie » Emilie.

Alexis — France