Fabiana, vit seule avec ses six enfants qui ont entre dix ans et un an. Ses deux fils aînés ont été tués par balles à seulement dix-sept et quinze ans, pour une histoire de trafic de drogue. Cette maman vivait dans dix mètres carrés dans des conditions très précaires avec ses enfants. Ses filles mendiaient pour avoir à manger. Ce sont les Sœurs de Mère Teresa, implantées dans le quartier des Alagados, qui les ont mis en relation avec Points-Cœur. Cela fait un an et demi que la famille réside à la Fazenda où les enfants s’épanouissent. Ses six enfants sont tout aussi mignons que terribles… Maria-Luisa maintenant l’aînée de dix ans, Maria-Fernanda, huit ans, Maria-Ana, six ans, Maria-Eduarda, cinq ans, Bernardo, trois ans et Miguel le dernier de un an et demi qui a la trisomie 21. Tous très attachants, il n’empêche qu’il faut savoir être avec eux très fermes et en même temps faire preuve de beaucoup de tendresse. Le manque d’éducation est flagrant, les enfants sont très violents entre eux et malgré ça, ils demandent tous beaucoup d’affection.

Un jour, nous rentrions avec Florence de visite de Cantagalo où les rencontres furent riches en émotions. A peine franchi le portail de la Fazenda, au volant de la veille Combi, les enfants accourent vers nous. Quelle belle image de la vie de voir ces enfants courir avec le sourire aux lèvres, heureux de nous retrouver. Malheureusement, ce qu’ils ne savaient pas, c’est que leur maman, Fabiana, partie à Salvador pour régler des papiers administratifs, ne rentrerait pas ce soir… ni le soir d’après. Habitués à ce genre de situation, nous recevons les enfants dans notre maison pour le dîner. Puis vint l’heure de les coucher chez eux, dans leur maison « Sao Joao ». Le petit Bernardo ne pouvait se passer de sa sœur Maria-Ana pour s’endormir et ils faisaient ainsi lit commun. Seul un petit ventilateur à côté du lit apportait un peu de fraîcheur sur le visage de chacun. Dans une autre chambre, Fernanda dormait avec Eduarda. La grande sœur Luisa dormait à même un matelas au sol dans la même chambre. Alors que chacun d’entre eux essayait de trouver le sommeil, le petit dernier Miguel pleurait dans son lit, seul dans sa chambre. Avec toute la bonne volonté du monde, j’essayais de le calmer et de le recoucher. Je revins dans la chambre de Bernardo et je restais là assis par terre, à côté de ces petites bouilles attendrissantes en leur racontant une histoire. Alors combien même l’odeur était forte et la chambre sale, leur visage respirait le bonheur d’être avec moi. Tel l’insouciance d’un enfant dans les bras de son père… Puis vint le moment où le petit bonhomme se confia à moi : « Tu sais mon papa est au ciel… tu crois que maman va rentrer demain ? — Je l’espère… ». Il continua à me questionner : « Comment s’appelle ta maman, tes sœurs, tes frères et ton papa ? » Alors que je continuais à parler avec lui, Maria-Ana ne me quittait pas du regard et luttait tout de même pour ne pas s’endormir. Je dis alors : « Tu sais Bernardo, mon papa lui aussi est au ciel… qui sait, peut-être qu’il connaît ton papa ? ». Et Maria-Ana me confia en me tenant la main : «  Je veux que tu sois mon papa ! ». Ils ne dirent plus rien, mes yeux s’emplirent de larmes tandis que les leurs se fermaient dans un sommeil profond.

Le réveil du lendemain fut la course contre la montre. Chacun prend sa douche dans l’ordre du plus petit au plus grand. Que ce fut dur pour le petit Bernardo, sous la fraîcheur de l’eau du matin (à la Fazenda, il n’y pas d’eau chaude). Tant bien que mal je l’accompagne pour se doucher et tout en pleurant il hurlait : « Eu quero minha mae ! » (« Je veux ma maman ! »). Je crois bien que ce matin, les autres maisons de la Fazenda n’eurent pas besoin de réveil. Ce jour ne fut pas comme les autres car j’appris également que Fabiana venait d’appeler en disant qu’elle avait le désir de quitter la Fazenda pour retourner vivre avec ses enfants dans sa favela à Salvador. Après cinq jours d’affilés où nous nous sommes occupés des enfants de Fabiana sous les pleurs de Bernardo qui réclamait sa mère chaque matin au réveil… mais aussi dans la joie qui se concrétise, à travers l’attachement réciproque, grandissant de jour en jour, entre ces enfants, Florence et moi. Ce fut la dernière semaine où cette belle famille brésilienne resta à la Fazenda. Le samedi soir eut lieu une messe de départ en leur faveur où tous les enfants se sont rassemblés à genoux devant l’autel avec la main de chacun des volontaires sur leurs épaules en témoignage de soutien.

Forence et Xavier — Brésil