J’aimerais aussi vous partager notre amitié avec Ernesto, un ami qui est comme un enfant. Il est pratiquement sourd et presque muet. Je m’émerveille de le voir frapper à notre porte, parfois plusieurs fois par jour, toujours avec un grand sourire. Il vient s’asseoir, ne demande pas grand chose si ce n’est de passer un moment avec nous. Il vient comme chez lui. Il vient nous rappeler ce pour quoi nous sommes là. Pour lui. Pour eux. Pour Lui, le plus pauvre, le Christ. Et il repart, après avoir fait quelques commentaires, échangé quelques regards, quelques sourires, pour revenir un moment plus tard. Notre amitié a commencé à grandir avec lui le jour où nous l’avons emmené aux urgences. Avant cela, nous le voyions toujours dans la rue nous saluer avec un sourire ou un geste de la main. Puis, plusieurs fois, il s’était aventuré à frapper à la porte. Martin lui avait offert un chapelet et il avait commencé à venir régulièrement pour prier avec nous. Mais ce jour-là, au bout de quelques minutes assis pour prier le chapelet, le voici qui fait signe qu’il a des palpitations et je le vois tout pâle. Vraiment inquiète, je propose de l’emmener aux urgences. Avant cela, quelqu’un propose d’avertir sa famille qui est à quelques maisons de la nôtre. Et voilà Martin qui le prend dans ses bras et le transporte chez lui. Là, nous essayons de parler avec quelqu’un pour prendre une décision. Mais nous voilà complètement déconcertés par la scène qui se déroule. Tous les adolescents de la maison (neveux, cousins, voisins) commencent à se moquer de lui, à dire qu’il joue la comédie, que de toute façon, il fait cela tout le temps. Et tout le monde de rire autour de lui, de rire de lui ! Personne ne voit cet homme, en pleine crise, qui peut à peine respirer et est au bord de l’évanouissement. Finalement, sa sœur arrive et nous pouvons parler. Elle accepte finalement de l’emmener avec nous. Aux urgences, le médecin l’ausculte et nous dit qu’il n’y a pas grand chose à faire pour lui. Ernesto souffre de tuberculose qui n’a pas été soignée à temps et ne lui a laissé qu’un demi-poumon qui fonctionne. Nous le raccompagnons chez lui et aidons sa sœur à l’accommoder pour qu’il se repose. Sa sœur, en pleurs, me partage le poids que cela est pour elle. Son frère, qui a exactement mon âge (!) est malade depuis des années et elle est seule à s’en occuper. Depuis lors, une belle amitié est née. Ernesto ne manque presque jamais l’heure du chapelet, nous visite à toute heure et prie souvent avec nous. Il a trouvé une deuxième maison. Mon grand désir serait de l’introduire aux sacrements, malgré la difficulté de la langue, sachant qu’il est bien difficile de savoir ce qu’il comprend ou non. Je vous confie cet ami que nous portons tous bien dans notre cœur.

Laetitia — Equateur