Antoinette fait partie de ces nombreuses femmes qui  travaille à la décharge de Mbeubeus. Portrait d’une amitié par Alejandra.

Elle a un fils de douze ans qui s’appelle Espinoza. Le père d’Espinoza est parti un jour en Espagne à la recherche d’un travail alors que son fils n’était pas encore né. Espinoza a commencé à grandir alors Antoinette fut obligée de travailler. Elle a pris la décision de partir à Mbeubeus pour vendre du yaourt, du jus de bissap, de l’eau et du pain. Son commerce marche bien.

Depuis le premier jour où j’ai fait sa connaissance, elle m’impressionne par son caractère. Dans son petit point de vente, il y a souvent du monde. Un jour, elle commence à discuter avec un jeune homme en wolof (je ne comprends rien), et tout à coup elle le prend avec force par la chemise et le jette par terre. Elle prend une pierre, prête à lui casser la tête. Mon Dieu !! Des gens viennent pour essayer de rétablir la paix. Finalement elle le laisse partir. Ce jeune homme lui disait toujours : « Après je te paye ». Elle en avait simplement assez. Je comprends qu’on n’en puisse plus du soleil qui te tape sur la tête, des odeurs, de la saleté, des mouches, de la fumée, de ce travail difficile. Pour tous ce n’est pas drôle. Antoinette travaille de lundi à samedi jusqu’à 16h. Quand elle arrive chez elle, heureusement son fils a déjà lavé les bouteilles qui serviront à contenir le sow (yaourt) ; toutes les choses pour préparer le jus de bissap ont été déjà achetées par sa mère Marie qui prépare aussi les repas. Une belle entreprise familiale. Dimanche, ils se reposent et ils vont à la messe. Et tout cela pour Espinoza, qui est la lumière et l’espoir d’Antoinette et en plus, bon étudiant.

Un jour, nous ne trouvons pas Antoinette avec la même énergie, la même vie. Elle avait une très forte grippe qui la ralentissait dans son travail. Je propose ma pauvre personne pour l’aider. Petit à petit les gens comprennent qu’il y avait une « toubab » qui vendait à la place d’Antoinette. Ça été assez rigolo, j’ai appris beaucoup plus de la langue wolof que pendant ma petite demi-heure d’étude à la maison ! Nous avons vendu les stocks de pain, yaourt, bissap plus rapidement et je suis partie fatiguée et avec une conscience plus grande du travail vécu chaque jour.