Séverine D. nous livre le récit d’une incroyable histoire éducative avec les jeunes du quartier de Novatas.

Depuis mon arrivée dans ce quartier, la situation de ces jeunes est une préoccupation constante. Vers douze ans, ils cessent de venir au Point-Cœur, jugeant que cette place est bonne pour les enfants, mais eux se dirigeant vers l’âge adulte, n’y trouvent plus vraiment de réponses à leurs exigences. Et puis il y a aussi de notre part un peu ce malaise, cette peur : quoi leur dire ? Comment être avec eux ? C’est dans les barkada (les gangs), le gambling (les jeux d’argent), l’oisiveté, l’alcool, la drogue, les petits délits, qu’ils préfèrent désormais chercher ce qui comblera cette soif. En avril, souvenez-vous, l’un de ces jeunes nous volaient notre téléphone portable. Un autre, quelques jours plus tard nous le rapportait de nuit. Cet acte inattendu et pourtant tant espéré a été d’une fécondité incroyable, non seulement dans la vie de ce jeune, mais aussi chez les autres.

Il y a quelques mois, nous avons sollicité la Fondation TnK pour organiser un premier match de basket entre nos jeunes et ceux de la Fondation. Cette rencontre amicale où les joueurs étaient mélangés a donné soif de plus : il fallait refaire une vraie partie, mais Points-Cœur contre TnK cette fois-ci ! Ainsi, nous avons été invités à participer à leur compétition interne, la Darwin Cup (du nom d’un jeune de la Fondation décédé il y a deux ans en odeur de sainteté)[1]. Je ne peux vous cacher que cette possibilité me réjouissait d’autant plus qu’elle débouchait sur une heure d’adoration. Si la rue ne peut répondre de manière adéquate à la soif des jeunes, je suis bien convaincue que le Christ, lui, est cette réponse.

(…) De celui qui nous avait rendu le téléphone à ceux qui étaient les auteurs de ces vols, c’est toute la fécondité de l’acte bon d’un seul adolescent à contre courant, contre ses amis, contre cet entraînement vers le bas. Sans cet acte peut-être aurions nous supposé ou au moins voulu croire au cœur de ces jeunes, mais pas ainsi découvert la soif qu’elle renferme. Il a ouvert une brèche dans laquelle la grâce de l’Esprit Saint s’est aussitôt engouffrée en suscitant en nous l’ardant désir de vraiment tenter quelque chose pour rejoindre ces jeunes, en inspirant l’idée d’un match de basket à TnK, en suggérant à leur responsable des activités sportives de nous inclure dans leur coupe interne.

(…) Il y a donc bien des sacrifices possibles à offrir à notre tour si nous souhaitons que ces jeunes s’en sortent. Ceux de la vie quotidienne, des petits actes cachés à offrir en secret, des renoncements, des luttes bien présentes mais qui peuvent aussi dans cette acceptation porter du fruit. C’est la beauté de la vie. L’unité entre la lessive, le basket, et la Rédemption ! Laver les teeshirts après les matches et mettre dans chaque coup de brosse, toute la force du salut. La tentation est grande de les mettre à la laverie. Pourtant je crois que ces petits actes peuvent véhiculer quelque chose de plus grand. Et quand je vois l’un deux porter avec surprise le maillot du match à son nez pour en découvrir l’arôme de l’adoucissant, je me dis : « Si, ça vaut la peine ! ». Et quand la grand-mère de l’un d’eux, Nanay Luz, me dit combien elle est heureuse qu’on ait emmené son petit-fils Ivan il y a deux semaines : « Sinon, il se laisse entraîner, il est dans la rue à ne rien faire, ils traînent en gangs, rien de bon… » ; là aussi je me dis que ça vaut la peine ; et quand Sheila me parle pour la première fois alors que je n’ai jamais trop su comment l’aborder, je me dis que si, ça vaut vraiment la peine…

[1] https://www.youtube.com/watch?v=9SLaLRHElSg