Agathe est au Point-Cœur de Manille depuis quelques mois. Elle nous confie qu’au cours de ses journées et des amitiés tissées, pauvreté, joie et beauté se découvrent ensemble.

Quant à nos journées, elles continuent d’être souvent bien chargées surtout qu’elles ne se cantonnent pas à notre quartier. Nous sommes souvent dans les transports parcourant Manille tantôt pour aller aider Aïcha dans ses casse-têtes administratifs (un passeport expiré donc pas de visa et pas de possibilité de refaire son passeport aux Philippines…), tantôt pour rencontrer des personnes qui pourraient aider certains de nos amis, ou encore pour aller parler de la mission à des étudiants qui voudraient venir aider. J’aime bien passer de la pauvreté des bidonvilles aux grands buildings des multinationales : cela me rappelle que le besoin de présence et de disponibilité n’a pas de limite, comme si les frontières entre ces deux mondes n’existaient pas. Hier, une mère de famille italienne nous redisait d’ailleurs le besoin de présence et de sens au sein de la communauté d’expatriés : « Les plus pauvres, insistait-elle, ne sont pas ceux qui n’ont rien à manger ».
[…] Voilà, je pourrais encore vous raconter les inondations après les typhons ou l’équipe de basket montée avec les loubards du coin mais c’est à chaque fois la même chose qui me frappe : la surprenante cohabitation de la dureté des situations et de l’espérance qui s’y glisse. Face à ce spectacle, j’apprends à vivre l’instant présent, la journée telle qu’elle nous est offerte dans tous ses imprévus en essayant de glaner toutes les petites joies rencontrées. Ce que j’aime particulièrement, c’est que chaque jour ou presque se termine par un coucher de soleil à couper le souffle et dont la beauté m’apparait comme un pied de nez à la laideur des bidonvilles, comme une beauté insolente qui viendrait braver l’empire de la pauvreté en sublimant la disgrâce de la tôle et des ordures. Ces couchers de soleil sont pour moi la métaphore des petites beautés quotidiennes que l’on admire ici et qui font du lieu que tout le monde fuit, un jardin où fleurissent secrètement les petites joies.