Zoom  sur Niña Beatriz , femme cachée au coeur pur et à l’âme du juste qui sauve notre quotidien.

Je souhaiterais vous présenter un endroit que j’aime particulièrement, situé à cinq minutes à pied de chez nous : la Tiendona. C’est le plus gros marché de fruits et légumes du Salvador (un peu comme Rungis du temps où il alliait encore vente de gros et vente au détail) : un festival de bruits, de couleurs et d’odeurs (pas toujours des plus agréables !). Dès 3 h du matin commence le défilé des camions en provenance du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua, déchargés à dos d’homme. Puis, arrivent les vendeurs au détail, les vendeurs ambulants, les pasteurs évangéliques avec leur sono et leur micro et c’est alors un joyeux remue-­ménage où tout le monde crie, négocie, se salue, se bouscule… Tout cela dans une joie et bonne humeur typiquement salvadoriennes. Nous avons, lors de nos courses hebdomadaires, l’occasion de rencontrer de manière plus personnelle quelques acteurs de ce grand théâtre, que je souhaiterais vous présenter. Niña Beatriz est une petite bonne femme qui travaille depuis trente ans à la Tiendona en vendant son frijol (haricots rouges) et quelques produits de saison de son jardin. Depuis trente ans, elle se lève tous les jours à 3 h du matin, prend un bus avec sa petite cargaison et repart chez elle vers 17 h. Depuis trente ans, elle a à peine cinq jours de congés par an (l’unique jour de fermeture de la Tiendona est le vendredi saint !) et gagne à peine ce qu’il lui faut pour vivre. Elle pourrait être aigrie, se plaindre d’avoir un travail pénible ne lui laissant ni vacances ni loisir. Mais non : son visage dégage la sérénité et la joie de quelqu’un qui vit profondément l’instant présent, sans avoir l’échappatoire de se dire qu’il y aura le week-end ou les vacances pour souffler et se changer les idées. Elle a appris à aimer son travail, son quotidien, à s’épanouir dans la difficulté, l’adversité et l’anonymat. C’est une unité de vie radicale qu’elle possède : il n’y a pas d’un côté le travail pénible et de l’autre les loisirs, les grandes sensations qui lui font oublier un moment la monotonie de son quotidien. Il y a un tout qui forme son existence et qui la rend heureuse. Sa sérénité et sa joie, ne viennent pas de la célébrité ou de la réussite. Elles se trouvent dans la fidélité quotidienne aux petites tâches, des plus pénibles aux plus gratifiantes. La joie, elle vient du cœur !